Frédéric Sorgue

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Le chemin de notre soif

In Mauvais esprit on 30 octobre 2012 at 10:05

La quête du sens est à l’origine de toutes nos merveilles et de toutes nos monstruosités.

Elle est cette étincelle qui permet parfois au quotidien de s’embraser et, grâce à ce que ce feu nous laisse de cendres, grâce à ce qui couve de notre espérance sous ces cendres, la quête du sens fait aussi du quotidien un lieu de vie à peu près tolérable.

Cette quête de sens est si impérieuse, essentielle, elle surgit de si profond en nous, de ce qu’on appelle avec bon sens les tripes, en prenant possession de notre volonté et de nos gestes, en nous obligeant à nous soucier d’elle, que le mot « quête » semble impropre : il laisse penser que ce besoin de sens proviendrait de l’âme.  Or si nous avions une âme, nous ne chercherions pas à trouver un sens, nous en jouirions simplement.

Quête est un mot noble, posé là par des hommes éclairés, conscients de l’état de perdition inhérent aux êtres doués de conscience, aussi bien que du besoin que cet état de perdition suscitera chez ces êtres tant qu’ils resteront en mesure de calculer le temps. Des hommes éclairés, certes, mais trop soucieux de morale et de bienséance pour choisir le mot qui sonnera juste aujourd’hui.

De nos jours, il n’y a plus de quête du sens, il y a la soif.

Dieu est mort pour l’instant mais il faut toujours se méfier de ce phénix. Quant à la Raison, elle fut une idole et, ainsi que toutes les idoles, elle vient à s’écrouler devant ses adorateurs en provoquant peur et allégresse. La délivrance.

Nous ne parviendrons pas plus à maîtriser le monde par la Raison que nous n’y sommes parvenus par la foi. Ce monde que nous avons découvert, cartographié, mécanisé, organisé, rationalisé de toutes parts nous glisse entre les doigts comme le sel de la colère d’un dieu. Cet échec même n’a pas de sens, malgré tout ce que nous savons.

On ne cherche plus d’ailleurs à trouver du sens : au fond de nous, nous savons obscurément qu’on échouera à établir une métaphysique durable. Cependant, on a soif de sens. On en a besoin. Le constat est  tragique mais il faut bien le dresser pour voir le chemin qui nous a menés là et choisir celui que nous arpenterons.

Le chemin de notre soif. Pas de source pour l’étancher. Il faudra se résoudre à vivre dans une profusion de phénomènes inintelligibles qui ne dévoileront jamais qu’ un Sahara de significations. Il faudra trouver des oasis de sens ailleurs, loin d’Allah, de Jésus, loin des dieux créateurs, dans des sphères qu’on ne soupçonne pas, en se rapprochant peut-être du Bouddha bonhomme, si nous pouvons en faire autre chose qu’un élément de décoration intérieure. Il faudra explorer, vigilant des mirages. Il faudra garder à coeur de faire le moins de mal possible à tout ce qui est vivant. Il faudra accepter le terme douloureux de la mort. Abandonner ces comportements d’une humanité adolescente, ces rêves de puissance, ces rêves américains et ceux qui les suivront, ce très prochain rêve chinois. Délaisser les idoles, les éclaireurs, les guides et les stars. Suivre parfois l’enseignement des singes, nos seuls pères. Puis s’appliquer à ne plus les singer. Se défaire des modèles. Boire l’insoluble des questions. Se désaltérer d’un bonheur sans réponse.

 

Frédéric Sorgue

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Magie verte

In L'abri de rien on 28 octobre 2012 at 10:11

 

Voir l’énorme du désir ondulant nu derrière une membrane. Il n’y a plus un objet, mais cette discorde tout à fait symbolique.

 

Toute chose dévore sa matière.

 

D’abord la maison est un cube, le ciel une sphère. Les formes se déforment, tombent puis redeviennent. La maison : un ventre ; le ciel, cette prunelle.

 

Voilà les ordres contrariés, le nouveau tempo du sang, sur lequel l’autre pensée

bouge avec la souplesse de l’air.

 

Ne plus aller sur cette terre durcie par le doute ou, marchant sur les mains, échapper à cette gravité qui prend jusqu’au plus léger rayon.

 

L’herbe est grasse sur les ponts de terre détournés. Atteindre ce moment où le temps se retire, lorsque, sous les étoiles microscopiques, le corps entend sa mémoire de plante.

 

Je descends sur cette promenade planétaire.

 

La vie était toute crispée – elle s’est détendue d’elle-même.

 

Mourir est une idée.

 

Je marche dans le temps, sur cette éponge de rien, qui efface, qui trace, qui efface…

 

Avant, j’imaginais des tragédies de bêtes, des transports saints, des amours parfums et ce dieu drôle qui viendrait nous chatouiller pour soulager l’éblouissante banalité de vivre.

 

Rien ne me consolait d’être à jamais un animal, sinon le mystère d’une mort ouverte à tout, ce retour à l’énergie sans véhicule et, parfois, la baise ou le jardinage.

 

Frédéric Sorgue

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