Frédéric Sorgue

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Le temps 3.0

In Mauvais esprit on 14 novembre 2012 at 8:07

Réflexions après le lumineux article de Jean-Paul Galibert « Les objets meurent-ils? »

Puisque les choses meurent avant nous, nous verrons bientôt disparaître aussi ces souvenirs qu’elles gardent à notre place. Après la mort des choses, nous verrons ainsi s’éteindre la nostalgie. On ne pourra plus retrouver, des décennies après, cette madeleine qui renfermait notre enfance : elle aura disparue dans le flot des délicieuses nouveautés de Nestlé pour le petit-déjeuner.
Le temps est à reconstruire tout entier, oui. Ou plutôt il se reconstruit déjà sur le champ brûlé de la vieillesse et du passé…
A l’époque où les choses vivaient plus longtemps que nous, elles établissaient un lien entre les générations, aussi bien par la transmission des usages que par le partage d’une expérience commune. Refaire les mêmes gestes que les anciens. Pour le meilleur et pour le pire : cela constituait un réconfort, une victoire face au temps, mais cela rendait également difficile, parfois dangereux le fait d’inventer de nouveaux gestes.
Maintenant que vous vivons plus longtemps que les choses, quelle sera la valeur des objets que nous recevrons en héritage ? Qui portera cette mémoire que les choses prenaient silencieusement en charge ? Quel lien aurons-nous avec ceux qui viennent de très loin avant ? Ces vieux avec lesquels nous ne pourrons partager aucun geste ?
Puisque les choses s’animent avec les gestes, la mort des choses implique la mort des gestes.
L’incessant progrès des objets nous conduira-t-il à un temps nouveau, un temps 3.0 où le passé n’aura plus de sens, où les gestes devront toujours être nouveaux pour avoir de la valeur ?
La tradition ralentissait le temps au point que nous n’avions pas la main sur l’avenir : le progrès l’accéléra-t-il jusqu’à dissoudre ce que nous tenons dans notre mémoire ?

Frédéric Sorgue

Magie verte

In L'abri de rien on 28 octobre 2012 at 10:11

 

Voir l’énorme du désir ondulant nu derrière une membrane. Il n’y a plus un objet, mais cette discorde tout à fait symbolique.

 

Toute chose dévore sa matière.

 

D’abord la maison est un cube, le ciel une sphère. Les formes se déforment, tombent puis redeviennent. La maison : un ventre ; le ciel, cette prunelle.

 

Voilà les ordres contrariés, le nouveau tempo du sang, sur lequel l’autre pensée

bouge avec la souplesse de l’air.

 

Ne plus aller sur cette terre durcie par le doute ou, marchant sur les mains, échapper à cette gravité qui prend jusqu’au plus léger rayon.

 

L’herbe est grasse sur les ponts de terre détournés. Atteindre ce moment où le temps se retire, lorsque, sous les étoiles microscopiques, le corps entend sa mémoire de plante.

 

Je descends sur cette promenade planétaire.

 

La vie était toute crispée – elle s’est détendue d’elle-même.

 

Mourir est une idée.

 

Je marche dans le temps, sur cette éponge de rien, qui efface, qui trace, qui efface…

 

Avant, j’imaginais des tragédies de bêtes, des transports saints, des amours parfums et ce dieu drôle qui viendrait nous chatouiller pour soulager l’éblouissante banalité de vivre.

 

Rien ne me consolait d’être à jamais un animal, sinon le mystère d’une mort ouverte à tout, ce retour à l’énergie sans véhicule et, parfois, la baise ou le jardinage.

 

Frédéric Sorgue

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