Frédéric Sorgue

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Le temps 3.0

In Mauvais esprit on 14 novembre 2012 at 8:07

Réflexions après le lumineux article de Jean-Paul Galibert « Les objets meurent-ils? »

Puisque les choses meurent avant nous, nous verrons bientôt disparaître aussi ces souvenirs qu’elles gardent à notre place. Après la mort des choses, nous verrons ainsi s’éteindre la nostalgie. On ne pourra plus retrouver, des décennies après, cette madeleine qui renfermait notre enfance : elle aura disparue dans le flot des délicieuses nouveautés de Nestlé pour le petit-déjeuner.
Le temps est à reconstruire tout entier, oui. Ou plutôt il se reconstruit déjà sur le champ brûlé de la vieillesse et du passé…
A l’époque où les choses vivaient plus longtemps que nous, elles établissaient un lien entre les générations, aussi bien par la transmission des usages que par le partage d’une expérience commune. Refaire les mêmes gestes que les anciens. Pour le meilleur et pour le pire : cela constituait un réconfort, une victoire face au temps, mais cela rendait également difficile, parfois dangereux le fait d’inventer de nouveaux gestes.
Maintenant que vous vivons plus longtemps que les choses, quelle sera la valeur des objets que nous recevrons en héritage ? Qui portera cette mémoire que les choses prenaient silencieusement en charge ? Quel lien aurons-nous avec ceux qui viennent de très loin avant ? Ces vieux avec lesquels nous ne pourrons partager aucun geste ?
Puisque les choses s’animent avec les gestes, la mort des choses implique la mort des gestes.
L’incessant progrès des objets nous conduira-t-il à un temps nouveau, un temps 3.0 où le passé n’aura plus de sens, où les gestes devront toujours être nouveaux pour avoir de la valeur ?
La tradition ralentissait le temps au point que nous n’avions pas la main sur l’avenir : le progrès l’accéléra-t-il jusqu’à dissoudre ce que nous tenons dans notre mémoire ?

Frédéric Sorgue

Conso conseil

In Mauvais esprit on 13 juillet 2012 at 8:48

Fixement, où s’entrelacent les trajectoires – je convoquerai les objets plus tard – l’axe du mal se déplace vers les transports aériens, les fluctuations boursières, les échanges internationaux, les impératifs de l’accomplissement personnel…

Je n’ai presque plus rien à raconter.

Je suis libre de rester avachi sur le canapé (acquis grâce au crédit cofidis) et de pénétrer peu à peu en méditation médiatique, libre de référencer les catastrophes et de décompter scrupuleusement les morts, les disparus, les blessés, les oubliés, les rescapés, les témoins de l’odyssée humaine facturée trente euros mensuels par mon opérateur télé-satellite.

Plus tard, il faudra s’extraire de l’appartement et gagner à découvert l’hypermarché.

J’avoue être particulièrement doué pour établir des listes de courses performantes. L’ordre des produits est déterminé par leur emplacement sur mon parcours entre les portes coulissantes et le tapis des caisses, où je les dispose selon des catégories qui faciliteront ensuite le rangement dans les placards de mon domicile.

Derrière mon front, la carte précise de la grande surface scintille en sur-brillance.

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