Frédéric Sorgue

Serial Kwiller

Ceci fut une twitterfiction.

1.Je suis né un jour de canicule. 14 h, heure légale. Au soleil, midi pile. Vivre m’a toujours brûlé.

2.Ce lent feu. Couve sous l’ennui. Je n’ai jamais rien montré. Quand il s’embrase, c’est toujours trop tard, je dois le faire.

3.Le feu. En la voyant assise au bar, tapotant sur son énorme Note. Je méprise les No-Apple. Et je n’ai jamais tué de cougar.

4.Tuer c’est découvrir l’autre. La cougar retrouvera-t-elle une expression sur son front lissé quand la lame rentrera ?

5.Béatrice parle, attachée. Elle a des enfants, un mari, un vieux père, toute une vie. Tellement de rêves à faire encore.

6.Béa la cougar l’a vu à la télé: se raconter à l’agresseur. Rallumer l’empathie. Ils racontent vraiment portnaouac à la télé

7.Le feu prend. La lame entre. Béatrice a cette expression bizarroïde, déformée par les liftings. Pas belle à mourir.

8.Quelqu’un connait-il un moyen de faire disparaître durablement un cadavre truffé d’implants divers et variés? RT urgent SVP.

9.Béa mitraillait sacrément du tweet sur son Note. Sa propre actu toujours géolocalisée. Couper vite l’itinérance des données.

10.Dernier tweet géolocalisé: au café, quand je la draguais. Les réseaux sociaux bouleversent tout, même l’art du criminel.

11.D’ordinaire, j’enterre. Depuis peu, j’ai un bateau. Lester le corps, l’éventrer pour que les gaz ne le fassent pas remonter.

12.Grand large. La noyer avec son Note. L’idée vient là : tuer ceux qui sont géolocalisés en continu. Même s’ils ont un iphone.

13.C’est banal de tuer en 2012. J’ai rêvé que mes crimes m’ouvrent les portes de l’Histoire. Mais même dans le meurtre tout a déjà été fait.

14.Quand le corps de ma victime disparaît, j’ai encore ce moment de chagrin. C’était pas elle, celle dont la mort me comblera.

15.Le feu s’est rendormi. Attendre. Tisser ma toile sur la Toile. Créer sur Twitter et Cie le réseau où je piocherai victime

16.Soyons amis. J’aime imaginer dans le métro, à l’heure de pointe, lequel de ces visages serait le plus plaisant à voir mourir

17.Tous les visages sont les mêmes au moment de mourir. Ils se déforment de peur. Personne n’a réagi autrement face à la lame

18.Nuit en ligne. J’aime le silence où le cliquetis du clavier égrène mes pensées. Calmes. Le feu est presque éteint. Je ne tue jamais la nuit.

19.Les lendemains de meurtre sont toujours cool. Saigner soigne. Je suis meilleur au taf les jours qui suivent. Ma thérapie.

20.Non, je ne vous dirai pas mon job. Ne donnerai pas d’indice qui pourrait vous ramener. Vous vous prenez tous pour Castle !

21.Et moi j’suis pas Dexter. Sachez juste que dans mon taf, je facilite la vie des gens. Comme à mes proies je facilite la mort

22.Certains veulent défier la mort. D’autres aiment la dispenser. Pourquoi ne pas en faire un marché? L’assassinat de service.

23. J’ai ma place dans la société. Je tue à côté. Depuis l’âge de 15 ans. Ca m’a pas empêché de réussir ma vie ni de m’y ennuyer.

24. Mojito ergo sum. Vendredi soir arrosé. Je bois donc j’essuie. Je ne tuerai pas ce week-end. Boire ou occire, il faut choisir.

25. On n’oublie jamais son premier meurtre. Un copain. On était tous les deux sur le terrain de foot qui bordait l’autoroute…

26. J’ai shooté: le ballon est retombé sur l’autoroute. J’ai incité mon pote à montrer qu’il était le plus fort. Il est mort.

27. Au choc, quand son corps se disloqua sur le capot, je sus que ma vie, comme la sienne, venait de basculer.

28. Cette vision du sang qui explosait. Le feu léchait l’intérieur de moi. Haute flamme qui brûlait tout. M’en faudrait encore.

29. Je pensais alors pouvoir poursuivre ainsi: avoir du sang sans jamais y mettre les mains. Touchante innocence de mes 15 ans!

30. Twitter pousse à la confidence, on dirait. Surtout un homme comme moi, qui n’a jamais eu d’amis. (Pour éviter de les tuer)

31. Etre plus attentif. Ici, je pourrais en parlant trop permettre de m’identifier. Or je tue impunément depuis… des lustres.

32. Ici, chacun a son pseudo, logo, p’tite identité rézo. Chacun se forme un visage qui lui va. Mais à la fin nous avons tous le même : twitto.

33. En me fondant parmi la foule des twittos, je peux partager ce feu. Mon atroce passion pour l’âme lorsqu’elle s’évapore.

34. Peut-être qu’en la partageant, ma soif de sang s’éteindra. Peut-être pas. J’aurais au moins avec ma liste d’abonnés, un menu de victimes.

35. Marché de Noël en famille. Dans la grande roue, je suis un père comme les autres. Tous les papas gâteau tuent-ils comme moi?

36. Pas tous tueurs comme moi. Sinon cette ville serait un charnier. Ce qu’ils cachent c’est l envie inassouvie de tuer. Ce ver.

37. Chacun fait tourner ses secrets les plus infects sous les éblouissants lampions des fêtes de fin d’année.

38. Règle simple.Toujours espacer les meurtres d’au moins une semaine, le temps de s’en remettre. Sinon l’erreur est inévitable.

39. Se rappeler les règles quand le feu prend comme ça. Conséquence de l’approche des fêtes, mes mains brûlent d’étrangler.

40. La salle de sport est la seule solution parfois pour ne pas tuer.

41. Un petit week-end sans meurtre et le nombre d’abonnés à mon twitter stagne. Les twittos sont-ils amateurs de viande fraîche ?

42. Tuer mon audience pour de l’audience: vertigineuse perspective ! Twitter a 6 ans et révèle encore des usages inédits.

43. Le feu. Il faut. J’aurai du sang sur les mains ce soir. Reste à élire l’heureux, qui quittera cette farce.

44. Bien choisir sa victime, c’est un art comme sélectionner le meilleur vin pour accompagner un plat. Oenologie du martyr.

45. Il faut que la victime soit en mesure de mourir d’une façon qui révèle et transcende l’humeur du meurtrier ce jour-là.

46. Une victime loyale et charpentée, offrant un beau bouquet de frayeur et de souffrances. Pas une maigre au dernier souffle.

47. Ce soir, je désire un cru étoffé et séveux, tendant à la virilité. Je tuerais volontiers un homme dans la force de l’âge.

48. Ils sont les plus tragiques à mourir. Ils y mettent force et passion, ne s’admettant jamais défaits même lorsqu’ils expirent.

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