Frédéric Sorgue

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L’économie absolue

In Mauvais esprit on 8 avril 2013 at 5:19

1. L’Europe replongera-t-elle dans l’histoire ? Cette énergie en mouvement qu’elle a perdue depuis 1989, depuis la chute du contre-modèle ? Depuis que l’alternative d’une économie totalement étatique a démontré son invalidité ? Depuis que, n’ayant plus de frontière idéologique, le marché libre occupe l’intégralité du champ économique et gagne tous les pans de notre société – politique, éthique, intellectuel, artistique – pour les dominer ? Depuis, nous agissons comme si l’histoire était finie.

2. Il semble ne plus y avoir qu’une seule voie pour les peuples d’Europe : poursuivre le modèle qui nous a conduits là. Reste à savoir où… La confrontation des idées, des projets, des volontés, tout l’aliment de l’histoire a disparu : la réalité n’est plus cette matière sur laquelle nous avons la main, argile à former par l’opposition, le débat, la lutte ; désormais, la réalité est une donnée. On la référence, on la chiffre, on la numérise et, par conséquent, on n’éprouve plus la nécessité d’en faire le récit. On la subit, on ne l’invente plus. On accole statistiques et actualités, dans un zapping d’évènements où s’amenuise, au fur et à mesure que l’on compulse les informations, la possibilité d’en extraire du sens par la réflexion. Au sens, on a substitué les données. Aux valeurs, les évaluations.

3. Jusqu’à présent, le modèle de notre économie a permis aux peuples européens de vivre librement, en développant à la fois leurs moyens et leurs espérances. La plus importante, la fondatrice, était que, de génération en génération, les enfants jouissent d’un niveau de vie supérieur à celui de leurs parents. Durant plusieurs décennies, nos prédécesseurs ont eu la chance de voir cette espérance se réaliser. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ce mouvement, désigné par le mot fourre-tout de progrès, qui englobait aussi bien les avancées sociales que les innovations techniques, semble s’être interrompu en Europe avec l’apparition de ce qu’on appelle – d’un autre mot fourre-tout – la mondialisation.

4. Inefficace à nous inclure dans cette mondialisation, alors que c’était pourtant son objectif revendiqué, notre modèle économique révèle son échec patent avec cette crise durable. Il apparaît impératif de le réviser, impératif si l’on souhaite que les peuples conservent les prérogatives et les droits dont ils ont hérité de l’époque où le progrès avançait. Il semble cependant difficile pour les dirigeants européens en responsabilité d’admettre que la ligne suivie depuis 20 ans conduise à une impasse. Et ce, même si leurs décisions ont pour seul résultat d’accroître les problèmes qu’elles sont censées résoudre.

5. Les dirigeants européens poursuivent cette ligne libérale entamée avant la crise, en la justifiant désormais par celle-ci, et après avoir renommé leur modèle rigueur. Étonnamment, ils se refusent à remettre en cause ce modèle, malgré son inefficience démontrée dans les pays où il s’applique. Ainsi, à notre époque où tout est jugé à l’aune de l’efficacité, un modèle économique faisant la démonstration de son inefficacité est validé, défendu et prorogé par ceux-là mêmes qui ont posé l’efficacité comme principe. Le paradoxe se poursuit quand les mêmes refusent d’adapter la rigueur, de l’adapter au seuil de tolérance des peuples, tandis qu’ils élèvent la capacité d’adaptation au rang de qualité essentielle pour tout acteur de l’économie. Les technocrates de la liberté ne sont pas différents des apparatchiks de l’égalité : ils se dispensent des principes auxquels ils exigent que les autres se plient.

6. Nous autres, observateurs aguerris, surinformés et incapables de la moindre réaction – puisque trop de réactions devraient découler de ce que nous observons – nous voyons ainsi s’installer devant nos yeux un modèle relevant de l’ordre absolu. Modèle bon par essence et par nature, envers et contre tout, que ce soit l’injustice, la souffrance ou l’expression populaire du refus. On se remémorera le « non » du 29 mai 2005 au référendum français sur le Traité de Rome, traité établissant une constitution en Europe et inscrivant, dans cette constitution, des choix politiques et économiques. On se souviendra que ce « non » à près de 55 % fut troqué par Nicolas Sarkozy contre son accession à la présidence de la République en 2007, ce qui mena finalement à la ratification du Traité modificatif de Lisbonne par le Parlement français un an plus tard. L’instance républicaine en charge de la représentation démocratique put ainsi, dans un exercice je crois inédit, se dédire du vote du peuple.

7. Où l’on constate que les dirigeants de notre pays ont estimé nécessaire de court-circuiter la volonté populaire dans son expression la plus directe, de façon à ne pas avoir à réformer le modèle politico-économique qu’ils posent en absolu. Irréfutable, imprescriptible et supérieur à ce que veulent les hommes, l’ordre absolu est pour toujours et à jamais la solution, quoiqu’il en soit des doléances, des volontés, des revendications et même de l’expression démocratique. Se justifiant par lui-même, l’ordre absolu doit s’appliquer pour le bien des administrés même si les administrés ne veulent pas de ce bien-là. L’ordre absolu les dépasse et reste, quoiqu’il se produise, un horizon indépassable.

8. Dans l’histoire, l’ordre absolu a prospéré sous diverses formes, en s’appuyant généralement sur les croyances religieuses. Le droit divin fondant les monarchies européennes il y a encore quelques siècles, ce droit divin contre lequel les peuples durent se soulever fut une des déclinaisons de l’ordre absolu. Aujourd’hui, dans un contexte de crise particulièrement marqué et angoissant, il faut considérer que nous soyons en train d’assister à une nouvelle de ses métamorphoses : l’économie absolue. Les lois économiques – du moins celles de l’économie libérale – deviennent à leur tour irréfutables, imprescriptibles et supérieures à la volonté des peuples. L’argument comptable est final et qui oserait aujourd’hui soutenir qu’il faut dépenser l’argent qu’on n’a pas et endetter les générations futures ?

9. L’absolu a pour lui de l’être. De sembler l’être du moins. Il crée le Tout et le Rien, le Bien et le Mal, le Réel et la Peur. Il a le dernier mot, l’imparable, qui amène immédiatement à la conclusion. Il n’y a rien au-delà de lui. C’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît. Il polit les imaginations, tasse les espérances, c’est un grand terrassier des rêves. Avec lui, l’histoire est sérieuse – extrêmement sérieuse. C’est un art qui ne tolère ni l’amateurisme des idéologues du 20 h, ni l’indigence des critiques du réseau – les gens, cette masse, ne sont-ils pas toujours mécontents quoique l’élite fasse ? L’économie absolue n’a d’ailleurs rien à faire des articles comme celui-ci, elle ne les considère pas : comment s’y prendraient-ils tous ces « marxistes » velléitaires du web pour diriger mieux ce grand système économique, cette Rolls de la macro ?

10. C’est justice que d’autres peuples aient aujourd’hui accès au niveau de développement qui est le nôtre depuis longtemps. C’est justice que le développement progresse partout, se diffuse, se mondialise. Pour autant, la richesse n’étant pas infinie – pas encore ? – il faut bien que celle acquise par les uns manquent aux autres : en l’occurrence à la vieille Europe, habituée depuis des siècles à se tenir en bonne place parmi les dominants du monde. Or, à regarder l’histoire en face, on voit que la puissance militaire, économique, intellectuelle grâce à laquelle notre continent a prospéré et ordonné le monde selon des règles qu’il ne parvient plus à suivre, on voit que cette puissance est définitivement sur le déclin.

11. Redresser l’économie selon ces règles pour retrouver notre rang dans cet ordre est un effort non seulement désespéré mais stupide : le progrès ne se rejoue pas sans cesse, il a ses phases et nous avons dépassé celle qui déclenche, qui soutient et rend possible une croissance à grande échelle. Les vieux politiciens fondant tout leur paradigme idéologique sur cette forme de croissance ne peuvent admettre ce changement d’horizon ; l’élite de l’économie, qui doit tout à cette croissance forte, ne peut admettre que la manne doive être désormais partagée avec ceux qui en étaient encore privés il y a peu. La rigueur est censée permettre aux premiers de conserver leur pouvoir, aux seconds leur richesse. L’économie absolue est l’étape idéologique nécessaire pour faire plier les consciences, toujours sensibles au devoir, au jugement, aux évidences sans contradictions.

12. Cautionner et poursuivre le modèle économique actuel, fondé sur des ressources limitées, caractérisé par le gaspillage posé en principe, et par son impact dangereux sur notre milieu de vie est une aberration. Il faut inventer le progrès à venir, cette croissance durable qui succède à l’ultra-croissance et trouve les solutions aux problèmes que cette dernière pose de manière indéniable et inévitable. Nous devons tirer bénéfice d’un simple fait chronologique : avoir connu l’ultra-croissance avant les pays qui y accèdent aujourd’hui et être par conséquent en mesure d’estimer, avec un peu plus de perspective, si tant est qu’on s’y attelle, ses risques, ses ratages, ses aberrations.

13. Ne pas réformer un modèle économique dont nous mesurons les dangers, l’inefficience et l’absence de pérennité est une aberration au regard des générations futures. Emprunter, dépenser l’argent qu’on n’a pas, endetter les enfants qui viendront peut être justifié si cet investissement permet de les soustraire à un risque évident et à un échec assuré. C’est aussi un horizon pour empêcher le déclin européen et le réveil des vieux démons du vieux continent, extrémisme, xénophobie, violence, ce que la rigueur est précisément en train de faire en tuant la faculté de rêver des peuples et leur joie de s’imaginer demain.

14. Imaginer l’avenir requiert à un moment de passer à l’acte. Il faut être en mesure de saisir les leviers nécessaires à la réalisation du projet. Les rennes de l’histoire. Voilà ce que font toutes les générations libres : parier pour offrir ce qu’elles pensent être utile et bénéfique aux futures. C’est sur ce point que l’économie absolue commence à exercer ses pressions, sur le ressort de l’imagination, de la volonté, et si elle parvient à en prendre tout à fait le contrôle, s’il n’est plus possible de projeter pour ceux qui viendront un modèle économique que nous estimerons avoir amélioré, si le seul horizon autorisé n’est plus qu’un juste équilibre comptable, nous ne pourrons plus empêcher l’économie absolue d’installer tôt ou tard en Europe un régime autoritaire.

Frédéric Sorgue

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L’angle du baiser

In Mauvais esprit on 7 avril 2013 at 8:58

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Le pouvoir et l’absurde

In Mauvais esprit on 12 mars 2013 at 10:34

à B.H.B

1.Toutes les organisations idéologiques tendent à soustraire l’individu à son état de perdition, en prétendant conférer un sens à son existence absurde grâce à l’action collective, l’intérêt général, le chemin vers le paradis, l’honneur de la nation, la révolution, le progrès, etc etc. Ce faisant, l’organisation offre un moyen – peut-être le seul ? – de canaliser l’angoisse individuelle ; en échange, elle obtient que les individus lui délèguent une part de leurs responsabilités et de leurs prérogatives. Ils ont désormais quelque chose d’autre à faire que de survivre sans espérance. C’est ce que l’on appelle le pouvoir.

2.La condition humaine étant ce qu’elle est, et le progrès matériel n’y changeant définitivement rien – ce qu’ont montré 2 siècles de révolution industrielle –, les individus en viennent à ressentir, par une certaine ironie de l’histoire, l’organisation qui prétend les protéger comme une contrainte à leur liberté et à l’expression de leur individualité. Ainsi, malgré les missions et les projets collectifs, l’absurdité de la vie humaine, et l’angoisse qu’elle inspire, persistent. Cependant, les individus qui ressentent l’absurdité ne peuvent exprimer leur angoisse qu’en invalidant le contrat qui les lie à l’organisation. Pour gagner leur liberté d’expression, il faut qu’ils s’opposent à leurs seigneurs. Ils doivent dévoiler la mascarade du pouvoir.

3.Dans le cadre d’une organisation totalitaire, les individus finissent toujours par estimer que le pouvoir doit être repris, de façon plus ou moins violente, à ceux qui en ont abusé : ceux qui ont menti, ceux dont le projet ne protègent pas de l’absurdité, ceux qui au contraire l’ont rendue plus prégnante, plus atroce, plus angoissante, en détruisant les illusions auxquelles les individus ont cru, en les laminant à force de délaisser l’intérêt général au profit de leurs intérêts personnels et partisans.

4.Mais cela – on dira la révolution – valait pour des peuples qui espéraient remédier à l’absurdité. Or il semble aujourd’hui, à ce point de notre histoire, après la mort de dieu comme raison du monde, que nous puissions enfin être sûrs d’une chose : l’absurdité est consubstantielle à la vie consciente. Le retour du religieux et des extrémismes, les différentes réactions de peur et de régression des individus, ainsi que notre recherche obsessionnelle d’un bien-être inatteignable – parce que nous le possédons déjà et que nous l’ignorons – tout ces signes qui traversent nos sociétés démocratiques riches peuvent être interprétés comme les symptômes de cette seule certitude acquise au cours de notre développement intellectuel : l’absurdité de la condition humaine est indépassable.

5.C’est la force de nos sociétés démocratiques riches d’avoir mis en place des soupapes qui permettent aux individus d’exprimer librement leurs identités, leurs idéaux, leurs angoisses – tant que, ce faisant, ils ne remettent pas en cause la liberté d’expression – et de les exprimer sans que cela n’annule le projet commun et ses nombreux bénéfices. Encore faut-il que ce projet soit en mesure de nous distraire – et non plus de nous protéger – de ce qui apparaît désormais comme fondateur : l’absurdité. Encore faut-il aussi qu’il n’alimente pas lui-même l’angoisse existentielle de l’individu.

6.Si l’actuel système économique libéral mondialisé parvient parfaitement à nous distraire de l’absurdité, par une surenchère de biens de consommation, il est admis qu’il mène, à plus ou moins court terme, à la destruction des richesses vitales de cette planète. Nos sociétés démocratiques riches progressent, se développent vers un horizon démantelé et vide. En d’autres termes, nous nous dirigeons de notre propre initiative, et en toute conscience, vers ce même néant qui entoure l’existence humaine, et lui confère précisément son absurdité.

7.On pourrait évidemment imaginer qu’un plus juste partage des richesses produites permettrait d’ouvrir d’autres horizons. Ce serait naïf et infructueux. A partir du moment où un humain a pu jouir d’un certain niveau de vie, sur la base de quoi une organisation décrèterait-t-elle que ses contemporains et ses descendants n’y ont pas droit ? C’est donc la volonté de partage et d’équité qui finit par engendrer cette production effrénée, exponentielle, sans autre horizon que l‘effondrement sur elle-même. Et c’est donc notre désir d’œuvrer pour le bien général qui nous oblige à produire toujours plus de richesses tandis que, exactement pour la même raison, nous devrions produire moins de richesses et préserver celles de notre planète.

8.Avec un tel horizon, il sera intéressant d’observer dans les prochaines années comment cette organisation idéologique moderne, la société démocratique riche, cherchera à maintenir le point d’équilibre entre projet collectif et liberté individuelle, avec le suffrage pour catharsis. Distraire d’une absurdité qui devient de plus en plus criante et cruelle ne suffira sans doute pas à préserver le contrat social qui fonde le pouvoir. A moins de faire de la distraction une forme inédite, et particulièrement dangereuse, de l’oppression. Et de la démocratie un spectacle capable de soulager les individus aussi bien de l’angoisse devant l’absurde que de l’absurdité du pouvoir.

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Brièvement heureux

In Mauvais esprit on 23 janvier 2013 at 9:20

D’un côté, la vie est froide. Elle possède des formes précises. A cet endroit, la souffrance existe. Cubique. Un morceau de viande surgelée. Elle ressemble à un tas de pierres. Nous portons ces pierres au fond du ventre et nous avançons. Effort, concentration, courage, silence. Nous creusons notre chemin en fixant l’enchaînement machinal de nos pas. Prisonniers sous le ciel sans limite, nous remâchons constamment la même certitude. L’unique. Nous ne risquons plus rien maintenant que nous allons mourir. Nous ne risquons même plus le bonheur.

Ailleurs, la vie est comme du vent, un courant, ce brin d’air qui s’enroule autour des êtres et des choses, et tous les êtres, toutes les choses se métamorphosent sans cesse, on sent leurs transformations, on perçoit comme elles se reflètent au fond de nous-mêmes, et l’on ressent sans parvenir à le formuler que tous êtres et toutes les choses vivent et meurent dans ce souffle, et cette vertigineuse danse se poursuit, la souffrance apparaît brutalement, elle frappe, elle fouette, s’insinue, se répand, se claquemure, tournoie, gronde, brûle puis l’instant d’après, la souffrance éclate dans un cri. Au bout du cri, la joie redevient  possible. Et il arrive que l’on se sente très brièvement heureux.

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Le mariage pour tous : un espoir pour l’Eglise ?

In Mauvais esprit on 6 janvier 2013 at 10:10

Le combat du mariage pour tous se poursuit. Il ne provoque finalement que peu de réactions pour l’instant. Rien de très inattendu, rien qui rende le débat intéressant, rien
que des arguments prévisibles : l’égalité des droits et la liberté d’aimer d’un côté ; la Nature et l’enfant de l’autre.

Comme je le disais en août, le combat ne prendra sa vraie dimension que lors du passage du texte au Parlement. Les anti réclament depuis des mois un débat, insinuant qu’il n’a pas lieu et, lorsqu’il se produira dans l’hémicycle, ils devraient sans surprise le court-circuiter à cause de leur propre violence.

Ils ont beau avoir tenu leurs troupes jusque là, soucieux de ne pas réitérer le naufrage de leur opposition au PACS, les anti ne peuvent changer la nature de la Nature. La stupidité de cet argument, qui structure leur opposition au mariage pour tous,  ne laisse aucun espoir quant à sa durée de vie dans un débat parlementaire, pas plus qu’elle n’en laisse quant au seul argument qui reste après ça : la violence.

Dans le cœur législatif d’une République démocratique, l’argument de la Nature ne peut porter. Si la Nature devait être l’origine de loi, c’est la loi du plus fort qui résumerait l’ensemble de nos codes. On ne vote pas dans la Nature, on ne juge rien : on se bat. Et d’abord, la Nature c’est quoi ?  En l’occurrence, cette évidence qu’il faut un homme et une femme pour procréer. De cet état de fait, les anti glissent de la procréation vers la constitution de la psyché : ainsi, ce qui est nécessaire à la procréation – le spermatozoïde et l’ovule – devient, par simple analogie, la preuve « absolue » qu’il faut une détentrice d’ovaires et un porteur de testicules pour assurer le développement psychique de l’enfant ainsi que son éducation. Par un autre glissement, on nomme ces deux-là « mère » et « père » et l’on peut avancer dans le débat paré de son solennel argument de Nature qu’on croit évident. Indépassable.

L’analogie est un ressort bien connu de la pensée magique et, selon les anti qui utilisent ce biais, il faudrait donc admettre qu’il existe un rapport entre les éléments essentiels de la procréation des êtres humains et ce qu’ils deviennent par la suite…  Le moment est donc venu d’enfoncer deux fois des portes ouvertes :  d’abord, tous les homosexuels sont issus d’un rapport hétérosexuel ; et ensuite, le Droit – surtout le Droit français ! – ne peut en aucun cas modifier les conditions nécessaires à la reproduction sexuée des mammifères.

L’argument de la Nature ne devrait donc pas permettre aux anti d’obtenir ce qu’ils veulent : que le mariage reste ce qu’il est. C’est à dire plus grand chose : un rêve de petite fille qui se termine plus ou moins bien, et le dernier fossile d’une époque où l’Eglise structurait la société. N’arrivant pas à sauver ce vestige, les anti jetteront leurs tripes dans la bataille avec la conviction de ceux qui défendent la volonté de dieu : ils n’échapperont donc pas à leur propre violence. Les porteurs du projet doivent avoir pleinement conscience de ce risque pour se montrer aussi discrets, voire couards, dans un moment qui constituera nécessairement une charnière de l’histoire sociale française.

Mais il aurait fallu des anti un peu moins arc-boutés sur leurs idées toutes faites pour espérer sauver le mariage. Le drôle, c’est que les défenseurs de cette institution avaient, avec le mariage pour tous,  une voie royale pour lui conférer une nouvelle jeunesse. Imaginons un dirigeant de droite qui souhaite aux homosexuels la bienvenue dans ce modèle familial que sa famille politique défend et promeut de façon historique, un dirigeant qui réclame pour eux tout droit à l’adoption, à la fécondation in vitro, de façon à ce qu’ils puissent fonder leur famille et à bénéficier de la politique familiale du pays… Certes, on peine à l’imaginer en France ce dirigeant de droite : mais il se poserait en défenseur extrêmement moderne des fondamentaux de son parti politique – famille et mariage – et il convaincrait à coup sûr ce nouvel électorat, très sensible à ces mêmes fondamentaux puisqu’il réclame le droit d’y accéder.

Imaginons maintenant une Eglise catholique, agonisante depuis des décennies, qui regarde cette volonté des couples homosexuels de s’inscrire dans sa tradition millénaire comme la reconnaissance  de son influence. Imaginons une Eglise qui, voyant enfin la société civile évoluer dans son sens, celui de l’union de deux êtres qui s’aiment, déciderait d’ouvrir ses portes aux mariés qui sortent de la mairie. Imaginons que l’Eglise annonce qu’elle sacrera les couples de même sexe comme elle le fait pour les autres. Imaginons le choc : quelques vieux bigots en moins sur ses bancs, mais tellement de nouveaux croyants. L’Eglise ferait alors du mariage pour tous le moyen le plus inattendu et le plus efficace de retrouver son influence perdue dans la société française. En même temps qu’un nouveau vecteur pour diffuser la foi et la Bonne Parole qui lui sont chères.

Il suffit d’imaginer. Certains diront que c’est précisément là le problème, que ceci est impossible sinon dans l’imagination. Je ne suis pas certain. Avant tout, c’est impossible dans un pays extrêmement rigide, où les dirigeants et les autorités morales manquent à la fois d’intelligence et d’audace, où le peuple n’ose plus rien, même pas l’imagination. C’est impossible en France. Il suffit de regarder tout près cette très flegmatique et agaçante Angleterre pour s’apercevoir que ce n’est pas irréaliste d’imaginer un scénario pareil : David Cameron, le premier ministre britannique, un homme issu d’une droite dure et traditionnelle s’est déclaré favorable au mariage homosexuel. Et ce n’était pas de l’humour anglais.

Frédéric Sorgue

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Hollande, mi-président

In Mauvais esprit on 17 décembre 2012 at 9:51

 

Après l’hyper-présidence de Nicolas Sarkozy, – cinq années d’hyper-nervosité qui n’ont réussi qu’à cliver le parti de l’ancien président – on voit, depuis l’élection de François Hollande, se mettre en place un nouveau style dans l’exercice du pouvoir dit suprême.

Ayant entretenu durant toute sa campagne le thème de sa différence avec le sortant, on constate que l’actuel président n’a pas fabulé. Il n’a effectivement rien à voir avec l’homme pétri d’agressivité qui occupa le costume avant lui. Hollande est calme, conciliateur, débonnaire. Il fait bonhomme. Normal. Trop affirment certains.

C’est pourtant ainsi que le candidat se définissait lui-même : il allait-être, promettait-il, un président normal. En l’occurrence, la normalité est un concept difficile à appréhender : Hollande parlait-il de la normalité des présidents jusqu’à Chirac, normalité qu’aurait interrompue une supposée transgression sarkozyste ? Ou bien pensait-il à la normalité d’un citoyen français comme les autres, accédant par le suffrage à la présidence de son pays ?

Afin de définir cette normalité, le candidat Hollande éclaira l’électeur de sa désormais célèbre anaphore « Moi président » lors du débat de l’entre-deux tours. Avec cette tirade, l’homme posait publiquement quinze engagements concernant sa façon d’exercer la fonction à laquelle il aspirait. Parmi cette longue série, rappelons le « Moi président, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. »

Or on apprend que, dans le cadre de la procédure judiciaire engagée par sa compagne contre l’auteur d’un livre la concernant, François Hollande a écrit aux magistrats pour déclarer que les passages qui le mettent en cause ne sont que « pure affabulation ». L’opposition s’empare de cette affaire comme elle peut, vu son état de division, et parle évidemment d’une inacceptable pression du Président sur le pouvoir judiciaire. La Garde des Sceaux répond à cette accusation, lancée à l’Assemblée Nationale, en affirmant qu’il s’agit d’une intervention de François Hollande en qualité de personne privée, et qu’il n’y a donc pas de problème de séparation des pouvoirs. Pour preuve, le courrier sur feuille libre, sans en-tête de la Présidence de la République, et le contenu même de cette lettre, extrêmement bref et relevant du simple témoignage.

Cette affaire révèle quelque chose de la psychologie de François Hollande, et de la vision qu’il entretient de sa fonction. Littéralement, il ne trahit pas son engagement public : lui président n’intervient pas dans le fonctionnement de la justice, puisque c’est lui justiciable qui écrit au Tribunal. Littéralement, ils sont donc deux. Hollande semble estimer qu’il conserve la liberté de s’exprimer en tant que simple citoyen, bien qu’il soit investi de la plus haute responsabilité de notre République. Pense-t-il qu’il puisse composer à discrétion entre sa personne privée et sa fonction de chef d’Etat ? Voire les dissocier ? Est-ce de la naïveté ? Une vision novatrice de la fonction présidentielle ? Une transgression hollandiste ?

Il y a le « Moi président » et le « Moi pas président ». Ce clivage est sensible dans de nombreuses interventions du Président : où un simple « Je » suffirait, on l’entend souvent préférer pour sujet « Le président de la République ». Certaines de ces formulations étonnent lorsqu’elles commencent par « En tant que Président de la République… » comme si le récepteur du message pouvait supposer un instant qu’il ne s’exprime pas en tant que Président de la République. Il suffit d’observer l’homme, de porter attention à ses propos pour apercevoir qu’une part de lui ne se résout pas, ou ne parvient pas, à endosser le costume de Président. Ainsi son phrasé haché, scandé d’interruptions qui n’ont aucune justification syntaxique, comme si certains mots de François devaient être réfléchis par deux fois, avant d’être prononcés par le Président. Ainsi son réflexe d’utiliser fréquemment l’humour, réflexe qui le distingue des autres responsables politiques, et qui dévoile finalement cette distance qu’il garde avec sa fonction.

C’est un fait, certainement dû à la passion française pour la puissance publique : la fonction de Président sous la Ve République révèle les hommes jusqu’au plus intime. Elle met leurs nerfs à nu. Mitterrand se révéla grand mystique, Chirac grand sybarite, Sarkozy grand agitateur. Inhérent au pouvoir, qui attire toutes les convoitises et tous les regards, ce phénomène se conjugue aujourd’hui à l’effet loupe d’une sphère médiatique hypertrophiée. Il s’accentue encore dans le cadre d’un quinquennat où les élections législatives suivent la présidentielle, faisant de l’élu le grand ordonnateur de l’exécutif pour cinq ans, sans risque de cohabitation. Si l’on ajoute à cela les circonstances particulières de la crise historique que nous traversons – nous assistons à l’irréversible déclin des nations européennes – on comprend que la fonction de Président de la République devient aujourd’hui d’autant plus révélatrice pour l’homme qui l’occupe, et qu’elle exige plus que jamais de lui de l’incarner totalement.

Depuis sept mois, Hollande incarne à demi. Sa présidence révélera-t-elle de lui qu’il est bien un homme normal ? Un homme qui entretient un rapport distant avec le pouvoir, voire une certaine défiance ? Un homme qui ne s’y investit pas, qui ne s’en enivre pas au point de se confondre absolument à lui ? Ou bien cette posture dévoile-t-elle ce que Hollande pressent déjà de l’évolution de la fonction de Président de la République : que ce pouvoir dit suprême va bientôt s’amenuiser, quand certains pans de la souveraineté nationale céderont face à la nécessité économique, et qu’ils seront alors transférés vers le futur Etat fédéral européen ?

 

Frédéric Sorgue

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Le temps 3.0

In Mauvais esprit on 14 novembre 2012 at 8:07

Réflexions après le lumineux article de Jean-Paul Galibert « Les objets meurent-ils? »

Puisque les choses meurent avant nous, nous verrons bientôt disparaître aussi ces souvenirs qu’elles gardent à notre place. Après la mort des choses, nous verrons ainsi s’éteindre la nostalgie. On ne pourra plus retrouver, des décennies après, cette madeleine qui renfermait notre enfance : elle aura disparue dans le flot des délicieuses nouveautés de Nestlé pour le petit-déjeuner.
Le temps est à reconstruire tout entier, oui. Ou plutôt il se reconstruit déjà sur le champ brûlé de la vieillesse et du passé…
A l’époque où les choses vivaient plus longtemps que nous, elles établissaient un lien entre les générations, aussi bien par la transmission des usages que par le partage d’une expérience commune. Refaire les mêmes gestes que les anciens. Pour le meilleur et pour le pire : cela constituait un réconfort, une victoire face au temps, mais cela rendait également difficile, parfois dangereux le fait d’inventer de nouveaux gestes.
Maintenant que vous vivons plus longtemps que les choses, quelle sera la valeur des objets que nous recevrons en héritage ? Qui portera cette mémoire que les choses prenaient silencieusement en charge ? Quel lien aurons-nous avec ceux qui viennent de très loin avant ? Ces vieux avec lesquels nous ne pourrons partager aucun geste ?
Puisque les choses s’animent avec les gestes, la mort des choses implique la mort des gestes.
L’incessant progrès des objets nous conduira-t-il à un temps nouveau, un temps 3.0 où le passé n’aura plus de sens, où les gestes devront toujours être nouveaux pour avoir de la valeur ?
La tradition ralentissait le temps au point que nous n’avions pas la main sur l’avenir : le progrès l’accéléra-t-il jusqu’à dissoudre ce que nous tenons dans notre mémoire ?

Frédéric Sorgue

Le chemin de notre soif

In Mauvais esprit on 30 octobre 2012 at 10:05

La quête du sens est à l’origine de toutes nos merveilles et de toutes nos monstruosités.

Elle est cette étincelle qui permet parfois au quotidien de s’embraser et, grâce à ce que ce feu nous laisse de cendres, grâce à ce qui couve de notre espérance sous ces cendres, la quête du sens fait aussi du quotidien un lieu de vie à peu près tolérable.

Cette quête de sens est si impérieuse, essentielle, elle surgit de si profond en nous, de ce qu’on appelle avec bon sens les tripes, en prenant possession de notre volonté et de nos gestes, en nous obligeant à nous soucier d’elle, que le mot « quête » semble impropre : il laisse penser que ce besoin de sens proviendrait de l’âme.  Or si nous avions une âme, nous ne chercherions pas à trouver un sens, nous en jouirions simplement.

Quête est un mot noble, posé là par des hommes éclairés, conscients de l’état de perdition inhérent aux êtres doués de conscience, aussi bien que du besoin que cet état de perdition suscitera chez ces êtres tant qu’ils resteront en mesure de calculer le temps. Des hommes éclairés, certes, mais trop soucieux de morale et de bienséance pour choisir le mot qui sonnera juste aujourd’hui.

De nos jours, il n’y a plus de quête du sens, il y a la soif.

Dieu est mort pour l’instant mais il faut toujours se méfier de ce phénix. Quant à la Raison, elle fut une idole et, ainsi que toutes les idoles, elle vient à s’écrouler devant ses adorateurs en provoquant peur et allégresse. La délivrance.

Nous ne parviendrons pas plus à maîtriser le monde par la Raison que nous n’y sommes parvenus par la foi. Ce monde que nous avons découvert, cartographié, mécanisé, organisé, rationalisé de toutes parts nous glisse entre les doigts comme le sel de la colère d’un dieu. Cet échec même n’a pas de sens, malgré tout ce que nous savons.

On ne cherche plus d’ailleurs à trouver du sens : au fond de nous, nous savons obscurément qu’on échouera à établir une métaphysique durable. Cependant, on a soif de sens. On en a besoin. Le constat est  tragique mais il faut bien le dresser pour voir le chemin qui nous a menés là et choisir celui que nous arpenterons.

Le chemin de notre soif. Pas de source pour l’étancher. Il faudra se résoudre à vivre dans une profusion de phénomènes inintelligibles qui ne dévoileront jamais qu’ un Sahara de significations. Il faudra trouver des oasis de sens ailleurs, loin d’Allah, de Jésus, loin des dieux créateurs, dans des sphères qu’on ne soupçonne pas, en se rapprochant peut-être du Bouddha bonhomme, si nous pouvons en faire autre chose qu’un élément de décoration intérieure. Il faudra explorer, vigilant des mirages. Il faudra garder à coeur de faire le moins de mal possible à tout ce qui est vivant. Il faudra accepter le terme douloureux de la mort. Abandonner ces comportements d’une humanité adolescente, ces rêves de puissance, ces rêves américains et ceux qui les suivront, ce très prochain rêve chinois. Délaisser les idoles, les éclaireurs, les guides et les stars. Suivre parfois l’enseignement des singes, nos seuls pères. Puis s’appliquer à ne plus les singer. Se défaire des modèles. Boire l’insoluble des questions. Se désaltérer d’un bonheur sans réponse.

 

Frédéric Sorgue

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Nous sommes tous des escrocs de masse

In Mauvais esprit on 16 octobre 2012 at 3:30

À regarder l’excellente émission « Noire finance », le cours de mes réflexions sur la crise est en pleine hausse.

Outre le constat précis de l’enchaînement des décisions politiques, des évolutions économiques et financières qui ont conduit à l’explosion de la bulle immobilière américaine, outre sa déflagration qui se propage depuis sur le monde, et particulièrement en Europe, cette émission d’analyse met en avant, dans sa seconde partie, l’impunité dont ont bénéficié les banques spéculatives, les agences de notations et tous les intervenants du réseau financier impliqués dans la titrisation des actifs dits « pourris ». Il apparaît que ceux-là, qui sont considérés comme les principaux responsables de cette crise, en sont devenus les principaux bénéficiaires. D’abord, leur audience devant le Sénat américain ne déboucha sur aucune peine : on leur demanda de reconnaître leur responsabilité et de payer une amende. Ensuite, ils furent renfloués par les fonds publics et purent ainsi continuer d’exercer sans être contraints de changer leur méthode de spéculation qui relève du jeu de casino.

Pourquoi n’ont-ils pas été punis ? Pourquoi n’ont-ils pas été mis hors d’état de nuire ? La réponse est simple : parce que si ces acteurs de l’économie disparaissent du jeu, le jeu s’arrête. Le système économique s’effondre. On peut imaginer que cet effondrement entrainerait l’évaporation pure et simple des épargnes des particuliers, ainsi que l’arrêt du paiement de tous les salaires, prestations et allocations versées par les puissances publiques. En l’espèce, l’application d’une décision de justice aurait produit un résultat plus catastrophique que de laisser aux responsables de la crise toute liberté d’agir.

Il y a cependant des victimes : les Américains les plus pauvres auxquels on a vendu ces prêts dits « à neutrons » parce qu’il était prévu que, comme les armes du même nom, ils éliminent les gens tout en laissant les bâtiments intacts. Il y a les Grecs, les Espagnols, tous les peuples qui voient l’État leur demander des efforts immenses pour lutter contre cette dette publique qui a augmenté avec l’amoindrissement d’une fiscalité auxquels les bénéfices des capitaux échappent, avec leur fuite vers les paradis fiscaux, avec l’intervention des États pour renflouer ces mêmes banques. L’injustice est patente mais il n’y a pas de mouvements de rébellion populaire contre elle sinon quelques feux devant les Parlements : manifestations très symboliques. Les plans d’austérité soulèvent des mouvements de colère mais sont en fin de compte acceptés depuis plus de 3 ans par les Grecs, un peuple présenté comme corresponsable du fait de son irresponsabilité fiscale.

On est donc devant une escroquerie de masse que ni la lente justice institutionnelle, ni l’immanente justice populaire ne se résolvent ni à punir, ni à empêcher. Certainement qu’au fond de nous, et je parle là des gens du peuple, nous savons, comme les acteurs de la justice officielle, que la mise hors d’état de nuire des responsables de cette escroquerie nous nuirait plus que la poursuite de l’escroquerie. Admettant ainsi que nous sommes tous complices de ce système économique ultralibéral, et que s’il est néfaste, il est aussi le seul que nous sommes en mesure de mettre en œuvre, nous admettons que nous n’avons plus d’utopie et, paradoxalement, que nous devons pour survivre nous escroquer nous-mêmes. Lire la suite »

Flash adoption homoparentale

In Mauvais esprit on 12 septembre 2012 at 10:17

Dans quelques années, quand les enfants de couples homos seront grands, les anti diront : “Regardez celui-là, il se drogue, il a tenté de se suicider et il est devenu gay… comme par hasard !” et les pro répliqueront : “Mais regardez plutôt celui-là comme il est équilibré, comme il a réussi. Et en plus, il est hétéro !”

En  clair, la vie continuera exactement pareille et ça n’aura strictement rien changé.

Il y aura des êtres heureux de leur histoire quelle qu’elle soit, et d’autres non.

Et ça restera un mystère même pour les psy.

C’est finalement assez secondaire la question de l’adoption homoparentale à mon sens.

Mais ça rassure toujours d’invoquer le bonheur à venir de nos bambins, de s’en sentir responsable.

On traite les enfants comme s’ils étaient démunis devant la vie, comme s’ils n’avaient pas leurs propres ressources. Et l’on s’étonne après qu’ils ne sachent plus comment faire pour vivre. Mais, au moins, on a l’impression d’être utiles, on a fait ce qu’on devait faire pour leur bonheur… Même si l’on est bien placés pour savoir qu’au fond leur bonheur, c’est comme pour le nôtre : on n’y comprend que dalle.

Frédéric Sorgue

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