Frédéric Sorgue

Conso conseil

In Mauvais esprit on 13 juillet 2012 at 8:48

Fixement, où s’entrelacent les trajectoires – je convoquerai les objets plus tard – l’axe du mal se déplace vers les transports aériens, les fluctuations boursières, les échanges internationaux, les impératifs de l’accomplissement personnel…

Je n’ai presque plus rien à raconter.

Je suis libre de rester avachi sur le canapé (acquis grâce au crédit cofidis) et de pénétrer peu à peu en méditation médiatique, libre de référencer les catastrophes et de décompter scrupuleusement les morts, les disparus, les blessés, les oubliés, les rescapés, les témoins de l’odyssée humaine facturée trente euros mensuels par mon opérateur télé-satellite.

Plus tard, il faudra s’extraire de l’appartement et gagner à découvert l’hypermarché.

J’avoue être particulièrement doué pour établir des listes de courses performantes. L’ordre des produits est déterminé par leur emplacement sur mon parcours entre les portes coulissantes et le tapis des caisses, où je les dispose selon des catégories qui faciliteront ensuite le rangement dans les placards de mon domicile.

Derrière mon front, la carte précise de la grande surface scintille en sur-brillance.

J’emprunte le chariot étincelant et, lorsque mes yeux tombent sur le logo du leader de la grande distribution, j’éprouve un profond sentiment de sécurité puis de recueillement. Et cette espèce de concentration sans objet me dirige parmi les flux croisés des véhicules et des caddies sous l’œil noir réfléchissant des cellules qui surveillent mon parcours.

Très vite, cependant, je ressens avec netteté mon activité nerveuse augmenter.

Mon métabolisme s’accélère à cause des multiples sollicitations du marché, des multiples choix que je dois effectuer, des multiples critères qu’il faut apprécier afin de satisfaire mes besoins et d’éviter les pièges des stratégies marketing : mise en scène des rayonnages et du trajet client, métamorphoses perpétuelles des packaging, promotions, promesses, cadeaux gratuits, nouveautés, jeu-concours, animation alsacienne ou créole, multiples tentations toutes signalées par une accumulation de messages multicolores.

Dans le milieu naturel – je l’ai appris grâce à la chaîne télé de l’évasion sauvage  – la plupart des organismes vénéneux avertissent leurs prédateurs du risque fatal qu’ils encourent à les consommer par une bigarrure excessive.

D’instinct, je sais qu’il en est de même avec les produits les plus visibles de mon hypermarché.

 

Frédéric Sorgue

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